Tout a commencé il y a de cela vingt ans. Ma mère venait de rentrer d’Italie avec notamment une valise pleine de chaussures signées. Je me souviens l’avoir regardé défaire ses bagages des heures durant ; alors qu’elle rangeait soigneusement ses chaussures dans son placard, elle m’a expliqué pourquoi elle avait acheté autant de paires et comment elle envisageait de les marier à différentes tenues. Mes yeux brillaient. Je suis restée en extase devant les multiples couleurs des matières et textures, ainsi que devant la beauté de la ligne des modèles. J’avais une folle impatience de grandir et de pouvoir à mon tour m’offrir des chaussures griffées. Je ne savais pas que cette expérience d’observer ma mère défaire ses boîtes de chaussures de marques allait influencer pour toujours non seulement ma passion pour la mode, mais aussi les différents choix que j’ai faits à ce jour.

Pour la plupart des personnes, la mode est une tendance qui est suivie aveuglément. Ils aiment un sac Louis Vuitton ou des souliers Gucci, ou une robe BCBG parce qu’une célébrité la porte, parce qu’ils l’ont vu dans un « Runaway », parce que des magasines affirment que c’est cool d’en porter ou bien parce que tout le monde suit la tendance. Pour ma part, j’aime la mode en raison de créativité qu’il y a derrière, de la texture du tissu qui a été choisi, de la couleur du fil utilisé pour le coudre, et du mélange harmonieux des différents motifs qui permettent d’arriver à quelque chose d’unique.

Mon histoire avec la mode pourrait être décrite comme un éternel coup de foudre. C’est une thérapie qui fait que je me sens mieux dans ma peau. Cela me permet de m’exprimer à travers les vêtements et les accessoires. Cette interprétation très personnelle de la mode a été perçue par mes amis proches et ma famille avec beaucoup de scepticisme. Ils ont pensé que toutes les occasions étaient bonnes pour moi pour aller faire des achats de manière quasi compulsive alors que cela va bien au-delà du simple shopping.

Je suis titulaire d’un diplôme en relations internationales, un domaine qui est bien éloigné de la mode. Initialement, j’avais opté pour cette branche en pensant naïvement que je pourrais sauver le monde. Alors que plusieurs de mes amis partageaient les mêmes rêves et espoirs, j’étais une des seules qui y aspiraient tout en portant du Christian Louboutin, du Chanel, du Gucci et du Prada. Oui, je l’admets, cela peut paraitre superficiel, mais quelque part, la mode m’a poussé vers ma spécialisation en Relations Internationales.

Vêtue d’une tenue parfaite lors de ma première journée d’université à Boston : Manteau Burberry en cachemire, souliers Prada en cuir avec un sac Gucci assorti, j’étais certainement une jeune fille de 18 ans complètement perdue dans la foule des étudiants, ignorant ce qui se passait autour d’elle dans le monde, mais sachant parfaitement s’habiller et coordonner ses effets vestimentaires. Deux ans à l’université et toujours indécise quant à mon programme d’études, j’ai commencé à réfléchir à l’influence et à l’effet libérateur des vêtements sur les femmes, comment ils aidaient à s’exprimer différemment et comment ils permettaient de refléter leurs différentes personnalités. Je me suis par la suite penchée sur la manière dont les femmes s’habillaient par le passé et comment la mode féminine a révolutionné leur comportement ainsi que l’impact de la mode sur les femmes et leurs droits.

Je dois avouer que mes plus grandes sources d’inspirations ont été mes grands-mères, car leurs styles vestimentaires contrastaient énormément par rapport au mien. J’ai alors décidé de me concentrer sur les droits des femmes avant d’en faire mon sujet de maitrise. J’ai donc choisi le Maroc, patrie de mes ancêtres certes, mais au-delà mon pays, terre que je chéris au plus profond de mon cœur et de mon âme ! Même si le volet « mode » n’a pas été évoqué dans ma thèse de maitrise, plusieurs des recherches que j’ai effectuées m’ont amenée à réfléchir de plus en plus à la corrélation existant de manière étroite et certaine entre la mode et les droits des femmes ainsi que sur la liberté d’expression de la gent féminine.

Aussi, mes conceptions et créations sont-elles une humble tentative visant à combiner deux de mes passions : les droits des femmes et la mode. Elles cherchent à traduire la manière subtile mais réelle dont les droits des femmes affectent la mode et inversement comment la mode peut s’avérer une force majeure pour la réalisation des droits des femmes. Plus prosaïquement, et en ce qui me concerne, concevoir est ma manière de me libérer à travers la mode. Coco Channel n’a-t-elle pas dit : « la mode n’est pas quelque chose qui existe seulement dans les vêtements. La mode est dans le ciel, dans la rue, la mode est liée aux idées, à une manière de vivre, à ce qui se passe autour de nous. » C’est un mélange d’expériences et de sentiments confus enfouis au plus profond de notre subconscient qui éclate brusquement pour mieux faire paraitre notre personnalité, notre culture et notre créativité, et montrer jusqu’où sommes nous prêts à laisser parler notre imagination et dépasser nos limites, à quel point on peut être audacieux dans l’expression de notre « moi » intérieur à travers un simple vêtement porté. C’est là ma vraie conception et ma définition de la mode, et ce que mes créations signifient pour moi.

 

Kenza Idrissi

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